
Témoignage d'un père : après un retour non autorisé de la mère au Maroc, un divorce puis plusieurs déménagements sans préavis, il traverse 2 000 kilomètres chaque dimanche depuis deux ans pour voir son enfant neuf heures. Un aspect trop souvent oublié du droit de visite : son coût financier et humain.
Témoignage recueilli auprès d'un père membre de l'association, dans le cadre d'une série de témoignages sur le coût humain et financier du maintien du lien avec un enfant après une séparation internationale. Les détails permettant d'identifier les personnes concernées ont été volontairement omis ou modifiés.
Pourquoi ce témoignage ?
Les pères que l'association accompagne sont fatigués d'être réduits à un numéro de dossier. S'ils acceptent de raconter leur histoire, c'est justement parce que, devant la justice, cette histoire se retrouve trop souvent résumée à un article de loi ou à une interprétation qu'ils n'ont pas le droit de discuter — alors même que la procédure limite concrètement ce qu'ils peuvent apporter comme preuve, et que le temps joue rarement en leur faveur. Parler en tant que père reste, dans les faits, un tabou : une partie de la société attend de lui qu'il paie une pension, s'efface de la vie de son enfant et se taise, comme si sa présence n'y avait pas d'importance. L'« intérêt supérieur de l'enfant », invoqué par tous, ne semble trop souvent lu que du côté de la mère. Ces témoignages existent pour qu'au moins une fois, l'histoire soit racontée par celui qui la vit — dans ses propres mots, pas dans ceux d'un jugement.
Un retour au Maroc sans autorisation
Le couple s'était marié au Maroc puis installé à l'étranger, où leur enfant est né. Un jour, sans l'en informer ni obtenir son accord, la mère revient au Maroc avec l'enfant, avec l'aide de sa famille, puis dépose une requête en divorce. Le père n'a alors aucune information sur l'endroit où se trouve son enfant.
« Je fais le nécessaire, je préviens qui je peux, mais personne ne bouge. J'ai fini par chercher moi-même où se trouvait mon enfant, et je l'ai trouvé au Maroc. »
Il informe alors les autorités compétentes, qui se mobilisent dans un premier temps. Mais des déclarations mensongères transmises par la mère conduisent au classement sans suite de ses plaintes : pendant toute la durée de la procédure de divorce, il ne peut plus voir son enfant — avec, selon lui, la menace implicite de ne le revoir qu'une fois le divorce accepté rapidement.
Le divorce prononcé, l'obstruction continue
Le divorce est finalement prononcé. Cela ne suffit pas à rétablir le contact :
« Même après le divorce, elle refusait de me donner mon enfant. Je ne le récupérais qu'en appelant la police — des appels qui ne se traduisaient jamais par un déplacement, mais qui suffisaient à lui faire peur. »
Le père organise alors des allers-retours depuis l'étranger, chaque dimanche, pour voir son enfant. Après trois visites consécutives — et sept mois sans l'avoir vu — la mère refuse de nouveau de le lui présenter. Selon le témoignage, il s'agit du premier épisode de non-représentation d'enfant survenu après le divorce.
Un deuxième déménagement, sans information à temps
Quelque temps après, la mère s'installe de nouveau à l'étranger, mais beaucoup plus loin, sans l'en informer à temps ni obtenir son autorisation. À son arrivée au Maroc pour la visite prévue, le père ne trouve plus son enfant ; sa belle-famille le traite, selon ses mots, de « malade mental ». Il porte plainte auprès du procureur, qui classe l'affaire après que le père de la mère affirme l'avoir prévenu à temps — ce qui, selon le témoignage, n'était pas exact.
Deux ans, 2 000 kilomètres chaque dimanche
Depuis, rien n'a changé dans l'organisation des visites : chaque dimanche depuis deux ans, ce père parcourt 2 000 kilomètres pour voir son enfant. Entre-temps, la mère a déménagé cinq fois au total, sans jamais l'en informer à l'avance — à une exception près, par SMS, dix jours avant son départ.
« On invoque l'intérêt supérieur de l'enfant. Mais qui, à part le père, y pense vraiment ? J'ai dépensé près de 50 000 euros pour voir mon enfant seulement neuf heures, chaque dimanche. »
Ce témoignage éclaire un aspect du sujet trop souvent absent des débats : au-delà des textes de loi sur la garde et le droit de visite, le coût réel — financier, logistique, humain — de maintenir le lien avec un enfant après une séparation internationale repose presque intégralement sur le parent qui doit se déplacer. Quand ce coût devient un obstacle en soi, le droit de visite cesse d'être un droit effectif pour redevenir un privilège réservé à ceux qui peuvent se le permettre.
Ce témoignage rejoint les milliers de cas suivis par l'association : le lien entre un enfant et son père ne devrait jamais dépendre des moyens financiers de ce dernier, ni de la bonne volonté d'un parent à informer l'autre de ses déplacements.