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Qui compensera les années de privation ?

Publié le Par الجمعية المغربية للدفاع عن حقوق الأب والأبناءPlaidoyer

On dit que l'intérêt supérieur de l'enfant est la boussole. Mais qui répond des années perdues, des fêtes manquées, de l'épuisement financier et psychologique d'un père qui se bat seulement pour voir ses enfants ?

On dit que l'intérêt supérieur de l'enfant est le principe suprême qui doit guider toute décision le concernant. Mais si c'est vraiment la boussole… qui répond des années de privation ? Qui répond d'un enfant qui a grandi loin de l'un de ses parents ? Des fêtes passées, des anniversaires manqués, des réussites scolaires non partagées, des maladies, des peurs, des joies et des peines vécues sans l'un de ses parents ? Qui répond des années qu'on ne récupère jamais ?

Un épuisement financier… et psychologique

Bien souvent, le père ne perd pas seulement le contact quotidien avec ses enfants : il entre dans un long parcours d'épuisement matériel et moral. Honoraires d'avocats, frais d'huissiers, déplacements, exécutions, plaintes, enquêtes, allers-retours entre tribunaux, administrations et commissariats… des années d'efforts et de dépenses pour préserver un droit naturel : voir ses enfants et participer à leur éducation.

Mais l'épuisement le plus grave n'est pas matériel. Il est psychologique et humain. Comment vivre des années sans savoir comment vont ses enfants ? Comment ils étudient, comment ils vivent, s'ils vont bien, s'ils ont besoin de lui, s'ils se souviennent encore de lui ?

Une question de société, pas un différend privé

Les effets de cette privation ne s'arrêtent pas au père et à l'enfant : ils touchent toute la société. Un père qui passe des années dans les tribunaux perd une partie de sa concentration, de sa stabilité et de sa capacité à produire ; sa souffrance rejaillit sur sa vie professionnelle, sociale et sur sa santé. Quand des milliers de pères sont ainsi épuisés par de longs conflits autour d'un droit aussi élémentaire que le lien avec leurs enfants, ce n'est plus une affaire familiale privée : c'est un enjeu de stabilité familiale, de productivité économique et de cohésion sociale. Protéger la relation entre l'enfant et ses deux parents, c'est investir dans une famille équilibrée et une société plus stable.

Tous les devoirs… sans les droits

Comment un père peut-il protéger, guider et accompagner ses enfants s'il est absent, de force, de leur quotidien ? Comment suivre leur scolarité, déceler une souffrance psychologique, les protéger de la négligence ou du décrochage ? Et si le père est privé de son rôle éducatif, parfois même des informations les plus élémentaires sur ses enfants, pourquoi continue-t-il à assumer tous les devoirs de la paternité alors qu'il est empêché d'exercer une grande partie de ses droits et responsabilités ? L'intérêt supérieur de l'enfant est-il servi quand l'un des parents devient un simple financeur, loin de sa vie ?

Et à l'inverse : pourquoi le non-paiement de la pension est-il traité avec des mesures répressives et exécutoires rapides, alors que la privation du lien avec un parent peut durer des années sans protection comparable ? La pension est un droit de l'enfant ; la relation avec son père et sa mère ne l'est-elle pas aussi ? Et lorsqu'un refus de remise de l'enfant ou une obstruction à l'exécution des décisions est judiciairement établi, pourquoi la situation de l'enfant n'est-elle pas évaluée immédiatement, avec des mesures provisoires pour rétablir l'équilibre de sa vie familiale ?

Ce que nous proposons

Les expériences internationales récentes le montrent : l'enfant n'a pas besoin d'un vainqueur et d'un vaincu après le divorce, ni de l'exclusion d'un parent, ni d'un conflit judiciaire sans fin. Il a besoin d'un père et d'une mère ensemble, et d'un système juridique qui protège ce droit avec la même efficacité que ses autres droits. Nous appelons à une approche fondée sur :

  • la responsabilité parentale partagée ;
  • la garde partagée lorsqu'elle est dans l'intérêt de l'enfant ;
  • la tutelle légale conjointe ;
  • l'implication de pédopsychiatres et psychologues de l'enfant dans toutes les affaires familiales qui engagent l'avenir de l'enfant ;
  • la création d'une justice familiale d'urgence spécialisée, qui tienne compte du temps psychologique et affectif de l'enfant.

L'intérêt supérieur de l'enfant n'est pas la victoire de l'homme sur la femme ni de la femme sur l'homme : c'est la victoire de l'enfant. Et parce qu'une enfance perdue entre les tribunaux ne se rattrape pas, une question demeure : si l'enfant est au cœur de la protection légale, comment le priver d'un parent pendant des années peut-il relever de son intérêt supérieur ?

Sources et références